mardi 16 février 2010

C'est bien connu, nous sommes tous des déjantés!

Ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est Cerisette... avec ses mots qui sonnent tellement juste, qui sonnent malheureusement TROP juste.
Je n'adopte pas en Haïti, alors j'ai renoncé à essayer de trouver la phrase pour convaincre, parce que je ne mesure pas la douleur de ces parents qui pleurent leurs enfants, parce que je n'arrive pas à convaincre complètement ceux qui pensent encore que ces enfants ne sont pas NOS enfants. Moi même en cours d'adoption, il m'est insoutenable de me dire qu'un jour je pourrais vivre la même situation, et pourtant je ne mesure pas... et je ne trouve pas les mots qui sonnent juste!
Alors je laisse aujourd'hui parler Sabine (Cerisette). Voici le dernier message "piqué" sur son blog (avec son autorisation ;-). Sabine est la maman de Salomé (Lidia, survivante de la crèche Notre Dame de la Nativité, où plus de la moitié des enfants ont péris lors du séisme). Sabine a rencontré SA petite tornade de fille en novembre dernier, toulaba...
Il n'est pas toujours aisé de comprendre le jargon des adoptants, ... mais lisez ce message...
pour Salomé, Hannah, Dieula, Jerry, Angeline et tous les autres...

Joyeux anniversaire, Dieula (où "De la bonne conscience de ce gouvernement de m... "- ça c'est moi qui ai rajouté parce que ça me fait tellement bondir!)
Nous sommes le 15 février et Dieula (Djoulia pour ses parents) fête ses 2 ans. Elle est toujours à la crèche, son frère Jerry à l'hôpital de Fort de France et ses parents en Loire Atlantique.
L'apparentement remonte au 15 octobre environ. Eveline avait commencé sa quête des documents d'état-civil pour cette fratrie et espérait déposer le dossier à l'IBESR en janvier.
Mais le séisme a véritablement tout détruit et aujourd'hui, tout n'est que chaos, géographiquement, physiquement et moralement.
C'est en cette belle journée que notre ministre de la Famille a choisi de nous faire une grande annonce : les enfants passeront par un sas d'adaptation en Guadeloupe. En effet, d'après un reportage sur France Inter ce matin, les enfants qui restent en Haïti n'ont pas encore rencontré leurs parents et le choc va être trop dur pour eux. C'est vrai qu'à côté d'un tremblement de terre, magnitude 7, ya pas photo !
Ce "centre de vacances" accueillerait pour 15 jours 40 enfants. Sachant qu'il reste environ 500 enfants adoptés par des Français en Haïti, calculez le nombre de semaines qu'il faudra pour tous les évacuer ?
D'après ma super-cops et collègue Francine, Nadine Morano explique ça par le fait que les enfants vont découvrir d'un coup leurs parents (euh, uniquement leur mère ou leur père pour les moins chanceux d'entre eux...), des jouets, un lit pour eux tout seuls (qu'ils rejoindront lorsqu'ils seront assez rassurés), des draps aux couleurs vives et gaies, des habits qu'ils n'auront plus à partager avec leurs copains de crèche ; pour les plus insensés d'entre eux, des ballons de baudruche, des banderoles de bienvenue et soyons fous, des applaudissements.
Puis au fil du temps, ils découvriront leur famille élargie : grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousines. Certains parents, parmi les plus déjantés, auront même pensé à leur octroyer des parrain-marraine. Parmi les plus fous des plus fous, il y en a qui oseront leur présenter, après un délai utile au scellement de la rencontre, à l'affermissement de l'attachement, leurs amis, les enfants de ceux-ci, voire des enfants adoptés, de toutes les couleurs....
De nouveau, notre cher gouvernement nous fait la preuve de sa parfaite méconnaissance de la procédure d'adoption en Haïti, de son incompétence. Ben oui, faudrait leur dire que ce sont les enfants déjà arrivés en France qui ont soudain eu des visages inconnus face à eux car la comparution n'est obligatoire que depuis août 2009. Et si la procédure était si avancée que les parents pouvaient brandir le jugement d'adoption homologué, c'est qu'elle était très vieille...
C'est oublier que certaines directrices de crèches, dont Eveline à Notre Dame de la Nativité, ont incité les adoptants français à venir au plus tôt en Haïti pour comparaître devant le juge de paix. Pour ma crèche, les premiers parents ont fait le voyage fin août.
Après Kouchner qui voue aux gémonies les adoptants en procédure individuelle alors que ceux-ci adoptent dans les mêmes crèches que les parents "accompagnés" par les OAA (à NDN, 50 % d'individuels, 24 familles avec Ti Malice, 4 avec OAL), Arno Klarsfeld qui pérore à la télé et cherche toujours quel est son meilleur profil devant la caméra (tout en taisant que son principal geste humanitaire a été de rapatrier le chat du n° 2 de l'Ambassade de France en Haïti), voici notre bonne Nadine qui prête l'oreille aux conseils des plus médiatiques des pédopsychiatres.... Et tant pis si ce ne sont pas des spécialistes de l'enfant adopté car ce qui compte, c'est le nombre de passages à la télé, non ?
Alors, même si je m'inquiète pour le moral de ma fille, fortement perturbé, je le crains, par la mort de sa meilleure amie, Chedeline, je préférerais mille fois que l'on me donne les coordonnées de pédopsychiatres aptes à nous aider, Salomé et moi, une fois que nous serons réunies. J'ai mis trois jours à apprivoiser Salomé en novembre dernier ; j'ai dû tour à tour la câliner, la punir, l'enlacer ou la mettre au coin, la porter pour lui permettre de régresser ; nous avons tant de réserves d'amour et de caractère à partager, à confronter...
Mais, de nouveau, tout ce que ce gouvernement m'oppose, ce sont des obstacles supplémentaires à franchir.
Alors que, comme la majorité des parents adoptants, je demande juste qu'on me permette d'accueillir Salomé au plus vite dans mon foyer, dans mon coeur.
Pour finir, je rappellerai qu'Eveline a pu produire un jugement, qu'elle s'est chargée de faire signer par la Doyenne des Juges, nommée pour succéder à Monsieur Rock CADET. Elle espère pouvoir le déposer cette semaine devant la commission chargée d'examiner les dossiers. Mais les parents sont inquiets car aucun avion ne décolle ces temps-ci.
Mon attente est très longue mais je pense toujours à ceux qui n'en étaient qu'à l'apparentement, qu'à l'examen du dossier à l'IBESR. Quels sont les délais pour qu'ils recueillent à leur tour leur(s) enfant(s) ?


Sabine (maman de Salomé-Lidia, survivante de NDN)

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